De nos jours, une dynamique insidieuse s’est enracinée au cœur des systèmes technologiques et économiques. Cette dynamique renverse la relation habituelle entre l’individu et les structures sociétales. En offrant une part de nous-mêmes, que ce soit par notre attention, notre temps, nos données ou encore nos émotions, nous accédons à des niveaux de confort, de fluidité et d’interaction qui nous sont présentés comme naturels, alors qu’ils résultent en réalité d’un échange souvent asymétrique.

Cela montre une logique courante : celle d’un manque organisé. On ne nous prive pas directement, mais on nous pousse à ressentir l’absence de ce qu’on avait. Par exemple, une appli gratuite qui coupe certaines fonctions crée un manque qu’on peut combler en payant. Le confort devient alors une récompense, et non un droit. Aux travers des œuvres exposées, l’exposition interroge cette aliénation et la dépendance envers des environnements qui se nourrissent de notre consentement implicite et met en question le mécanisme par lequel les structures capitalistes, pour assurer leur pérennité, exigent de notre part l’acceptation d’un pacte tacite: celui de rester captifs afin que la machine capitaliste continue de fonctionner.

Pour explorer ces dynamiques, l’exposition se structure en trois parties, chacune mettant en lumière un aspect de ces relations asymétriques : l’échange monétaire, la dépendance systémique et la surveillance.

Dans la première partie consacrée à l'échange monétaire, les œuvres interrogent le déplacement subtil du modèle transactionnel du numérique vers l’objet et l'expérience quotidienne. Ici, le confort ne dépend plus seulement du besoin, mais aussi de la capacité à payer : dans les transports, par exemple, seuls les billets plus chers donnent accès à des sièges confortables ou à un espace calme, ce qui crée une nouvelle hiérarchie dans l’accessibilité. Les visiteurs découvriront comment les pratiques économiques contemporaines transforment nos vies privées et domestiques en espaces négociables, où la rétribution directe ou indirecte conditionne l’accès au confort ou à des avantages. La deuxième partie de l'exposition aborde la dépendance envers des systèmes apparemment anodins mais profondément intrusifs, qui façonnent nos comportements. Ici, l'accent est mis sur la manière dont les objets et les environnements technologiques stimulent notre participation continue, non par une contrainte explicite mais en suscitant un sentiment de manque ou d’insatisfaction. Cette dynamique pousse à s’adapter, consciemment ou non, aux attentes implicites des systèmes qui régissent sa vie quotidienne, créant ainsi une relation de dépendance puissante, mise en lumière entre autres par l’oeuvre Sugar Daddy Simulator

Enfin, la troisième partie explore les mécanismes de la surveillance qui, sous couvert de personnalisation et d’optimisation, pénètrent intimement dans notre vie privée. Les œuvres présentées ici révèlent les modalités à travers lesquelles les grandes structures technologiques collectent, analysent et exploitent nos données personnelles. Ce capitalisme de surveillance, souvent invisible, soulève des questions essentielles sur le consentement, l’identité et l'intégrité individuelle à une époque où chaque geste est susceptible d'être observé, quantifié et exploité.

À travers ces trois volets, l’exposition invite chacun à prendre conscience des échanges implicites qui gouvernent notre rapport au monde ainsi qu’aux technologies contemporaines, et à questionner la place que nous souhaitons véritablement occuper au sein de ces systèmes et, en corollaire, la place que nous acceptons de leur accorder dans nos vies.

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